L'enchanteur

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Auteur: René Barjavel
Editions: Folio
Nombre de pages: 480

 

Qui ne connaît Merlin ? Il se joue du temps qui passe, reste jeune et beau, vif et moqueur, tendre, pour tout dire Enchanteur. Et Viviane, la seule femme qui ne l'ait pas jugé inaccessible, et l'aime ? Galaad, dit Lancelot du Lac? Guenièvre, son amour mais sa reine, la femme du roi Arthur ? Elween, sa mère, qui le conduit au Graal voilé ? Perceval et Bénie ? Les chevaliers de la Table Ronde ? Personne comme Barjavel, qui fait le récit de leurs amours, des exploits chevaleresques et des quêtes impossibles, à la frontière du rêve, de la légende et de l'Histoire. Dans une Bretagne mythique, il y a plus de mille ans, vivait un Enchanteur. Quand il quitta le royaume des hommes, il laissa un regret qui n'a jamais guéri. Le voici revenu.

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Tout le monde a déjà entendu parler de Merlin, du Roi Arthur et des nombreuses dames qui les accompagnent grâce aux livres ou aux nombreuses adaptations cinématographiques ( Merlin L'enchanteur de Disney, Le Roi Arthur réalisé par Antoine Fuqua ou encore des séries comme Merlin ou Camelot).
Tous ces supports nous permettent de découvrir plusieurs variantes du folklore des légendes Arthuriennes mais ici, l'émotion, la magie et la beauté n'ont jamais été aussi présents.
Barjavel s'attaque à un monument! La table ronde et ses chevaliers sont tellement éloignés de nous qu'il existe plusieurs histoires sur ces personnages et sur la Quête du Graal en elle-même. L'auteur parvient à recréer un nouvel univers qui efface de notre esprit toutes nos connaissances antécédentes sur ce monde.

L'auteur décrit les religions (et les guerres de religions notamment) avec un tout nouveau regard qui ne se veut pas seulement satirique mais aussi descriptif et explicatif. Il arrive à jouer avec la langue et les mots afin de traiter un sujet aussi dense et complexe avec habilité et simplicité. J'ai d'ailleurs relevé tous les passages évoquant la religion. Ils sont très évocateurs et reste dans l'esprit de cette époque (les textes relevant des légendes arthuriennes datent du Moyen-Age).
Le regard de Barjavel se veut neutre, sans fioriture et c'est réussi!

Ce qui occupait la plus grande place dans la littérature du Moyen-Age était les récits guerriers. Barjavel se plie donc aux habitudes de l'époque et nous livre les exploits de Lancelot, Perceval ou encore Gauvain. J'ai rencontré ces personnages pour la première fois grâce à la plume de Chrétien de Troyes et ici, avec Barjavel, c'est tout autre chose.

La magie est omniprésente dans le récit ce qui amène parfois la présence d'anachronismes. L'une en particulier m'avait bien fait rire et a retenu mon attention: Merlin offre à Bénie et sa mère Bégnine la possibilité d'avoir de la nourriture à porter de main sans devoir labourer les chants et effectuer les cueillettes: Des boîtes de conserves.

De mystérieuses créatures magiques nous sont dévoilées à travers le récit: L'oliphant, les géants Thuana dé Danann, entre autre qui créent une rupture avec la Quête, avec les hommes et l'humanité, nous permettent de souffler pendant cette lecture.

Le mysticisme qu'entoure Merlin nous est livré avec parcimonie, ce qui fait que nous dégustons chaque petit passage évoquant ce personnage. La forêt de Brocéliande est le lieu central (avec Camaalot) grâce au pommier de L'enchanteur qui est déterminant. Il s'agit de l'endroit de la pureté, de la réflexion qui n'est pas souillé par la guerre, les malheurs et les péchés.

Les femmes de l'histoire sont dépeintes comme nous les connaissons généralement: Viviane, la dame du lac ou encore Guenièvre, la femme d'Arthur (qui dans cette version, m'a terriblement fait penser à Phèdre qui se bat contre son amour pour Hippolyte son beau-fils) et bien-sûr Morgane, la soeur maléfique du roi.
Celle-ci est très peu présente dans le roman et subit un sort des moins glorieux. Barjavel nous explique, via une mise en abîme fort intéressante, qu'il désire que son oeuvre soit fait de pureté et de personnages purs. Les "méchants" ne l'intéressent pas et n'ont donc pas une place privilégiée dans son roman.
J'ai adoré cette réécriture qui montre véritablement la différence entre Barjavel et tous les autres auteurs d'aujourd'hui qui veulent absolument faire s'opposer protagonistes et antagonistes. Ici le mal n'est pas personnifié. Le mal est partout.

En bref, vous l'aurez compris, j'ai adoré l'atmosphère, les personnages, le dénouement (ô combien émouvant) et le livre en général. Une petite pépite pour ce premier ouvrage que je lis de Monsieur Barjavel.

 

Coup de coeur

 

Vous pouvez également retrouvé l'avis de Vanessa ici, avec qui j'ai lu ce livre en lecture commune.